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Aphasie de Broca : diagnostic, causes et réhabilitation

L’aphasie est un trouble d’origine neurologique qui implique la perte de l’habileté de communiquer : incapacité de communiquer ou incapacité de comprendre ce que l’on nous dit. Cet article traite de l’Aphasie de Broca, également connue comme aphasie de production, expressive ou motrice. Elle se présente comme une difficulté modérée ou sévère de la communication, dûe à une altération de l’expression du langage.

Aphasie de Broca

Qu’est-ce que l’aphasie de Broca ?

L’aphasie de Broca est un des nombreux troubles du langage. Elle affecte le langage parlé. Le symptôme le plus caractéristique de cette aphasie est la difficulté à s’exprimer de manière fluide ou avec des phrases complètes et articulées. La compréhension, quant à elle, est relativement bien préservée. L’aphasie de Broca peut s’accompagner de difficultés d’écriture, mais ces dernières sont inférieures aux difficultés orales.

Les aphasies sont classées en fonction de la localisation de la lésion cérébrale en cause. L’aphasie de Broca est causée par une lésion dans l’aire de Broca, qui se trouve dans le lobe frontal gauche du cerveau. Cette aire est le centre du langage expressif. Elle remplit différentes fonctions liées aux composantes du langage : ordre des mots, organisation des mots en phrases (syntaxe), intégration sémantique et planification motrice du langage.

Diagnostic de l’aphasie de Broca

Afin de d’effectuer un diagnostic de l’aphasie de Broca, différents instruments d’évaluation neuropsychologique peuvent être utilisés, qu’ils soient généraux ou plus spécifiques à la détection de l’aphasie.

Le diagnostic de l’aphasie de Broca se fonde sur l’exploration des divers composants du langage. On évalue si chacun de ces composants est intact ou affecté, ce qui permet d’identifier le type d’aphasie. Les composants évalués sont les suivants : le langage spontané, la compréhension, la répétition, la dénomination et les séquences automatisées.

Le langage spontané dans l’aphasie de Broca

Il s’agit de la capacité à débuter et maintenir un discours. L’évaluation du langage spontané se focalise sur le paramètre de la fluidité verbale. La fluidité verbale est considérée continue si l’on peut écarter ces deux conditions :

  • Langage non-fluide : La personne est capable de former des phrases en faisant beaucoup d’efforts et en se fatiguant. Son langage se caractérise par l’apparition de dysprosodies (irrégularités dans le rythme, le ton et l’inflexion de la voix) et d’agrammatismes (altération de la construction de structures syntaxique).
  • Langage fluide ou hyper-fluide : il s’agit d’une émission normale ou supérieure (plus de 200 mots par minute), accompagnée de prosodie et d’une articulation normales. Les altérations qui apparaissent dans ces cas-là se situent dans le contenu du discours. Il s’agit de paraphasies. Celles-ci peuvent être de type sémantique (le mot utilisé est erroné et appartient à la même catégorie que celui qui aurait dû être utilisé), et de type phonologique (erreurs phonétiques comme le changement de syllabes dans le même mot).

Dans le cas de l’aphasie de Broca, le langage spontané n’est pas considéré comme fluide.

Compréhension dans l’aphasie de Broca

Dans le cas de l’aphasie de Broca, la compréhension n’est pas affectée. On parle de compréhension préservée, en opposition avec la compréhension altérée. Pour évaluer la compréhension, on utilise des tests dans lesquels la production de langage n’est pas nécessaire.

Répétition dans l’aphasie de Broca

Dans le cas de l’aphasie de Broca, la répétition est altérée. La répétition est la capacité de décoder les informations auditives, chercher le code phonologique correspondant et le reproduire au travers du processus articulatoire. Si certain de ces aspects sont altérés, la répétition sera affectée. Pour évaluer la capacité de répétition, on fait répéter des lettres, des mots, des mots inventés et des phrases au sujet et l’on observe si ce dernier présente des difficultés.

Dénomination dans l’aphasie de Broca

Il s’agit de la capacité de nommer. Chez les patients qui souffrent d’une aphasie de Broca, cela demande un effort considérable. Cette altération s’appelle l’anomie (manque de vocabulaire).

Séquences automatisées dans l’aphasie de Broca

Les séquences automatisées sont une capacité linguistique élémentaire, qui consiste en des séquences apprises par cœur comme les numéros, les mois de l’année, les jours de la semaine, etc. Contrairement au langage volontaire, ce langage automatique se maintient préservé dans la plupart des aphasies.

Symptômes de l’aphasie de Broca

Voici les symptômes spécifiques de l’aphasie de Broca :

  1. Manque de fluidité verbale : Lenteur et fatigue lors de l’expression verbale, nombre réduit de mots différents utilisés.
  2. Anomie : Difficulté pour évoquer le nom des choses.
  3. Agrammatisme : Incapacité à construire des phrases complètes et adéquates.
  4. Difficultés de répétition : Compréhension lors de l’écoute mais incapacité de répéter les mots entendus.
  5. Conscience du déficit : Contrairement à d’autres types d’aphasie (aphasie fluente par exemple), les personnes qui souffrent d’aphasie de Broca se rendent compte de leurs erreurs.
  6. Stéréotypie : Le patient qui souffre d’une aphasie de Broca aura tendance à répéter les mêmes mots ou les mêmes expressions (ex: je suis parti, parti, parti).

En plus de ces symptômes, l’aphasie de Broca peut être accompagnée d’autres symptômes associés d’origine neurologique :

  • Apraxie buco-faciale : Incapacité de réaliser des mouvements coordonnés dans la zone du visage et de la bouche. Elle n’est pas due à une cause physique.
  • Hémiparésie : Faiblesse d’un côté du corps.
  • Hémiplégie : Paralysie d’un côté du corps.
  • Altération des capacités de lecture et d’écriture.

Causes de l’aphasie de Broca

L’aphasie de Broca se développe le plus souvent après avoir souffert un accident vasculaire cérébral (ischémique ou hémorragique) dans l’hémisphère gauche (qui est considéré dominant de le domaine du langage). Lorsque l’AVC affecte l’artère cérébrale médiane, il est très probable que le langage soit altéré. Une aphasie de Broca peut également être causée par un traumatisme craneo-encéphalique (TCE) ou par la présence d’une tumeur cérébrale.

Par ailleurs, on peut observer des symptômes associés à l’aphasie de Broca parmi les symptômes des maladies neurodégénératives :

  • Aphasie progressive primaire non-fluide : il s’agit d’une détérioration progressive du langage. Au début de son évolution, la personne APP non-fluide ne présente pas d’autres signes de démences. On la remarque à cause d’un manque de fluidité de l’expression ainsi que la présence d’agrammatisme et d’anomie.
  • Maladie d’Alzheimer : en plus des symptômes typiques de la détérioration cognitive produite par cette maladie (déficit de la mémoire et de l’attention, désorientation, etc.), la personne qui souffre de la maladie d’Alzheimer montre une réduction du langage spontané et une anomie. Elle utilise des mots génériques, tourne autour du pot (en exprimant quelque chose avec longueur au lieu d’utiliser une façon plus brève de le dire).
  • Maladie de Parkinson : on observe une diminution de la fluidité verbale, pauvre en complexité syntaxique et parfois un agrammatisme.

Réhabilitation de l’aphasie de Broca

La réhabilitation ou la récupération des capacités dans les cas d’aphasie de Broca va dépendre de la sévérité initiale des symptômes. Lors de la phase initiale des troubles cognitifs, on peut obtenir une récupération spontanée et une réorganisation de certaines zones du cerveau, afin de compenser les déficits. À partir de là, on peut commencer le processus de réhabilitation, qui sera marqué des objectifs suivants :

  • Améliorer les habiletés du langage oral et écrit
  • Faciliter la participation dans la communication quotidienne
  • Obtenir une communication efficace, bien qu’il s’agisse d’un style de langage plus simplifié
  • Améliorer la qualité de vie du patient

La réhabilitation de l’aphasie de Broca est principalement le travail du logopédiste (professionnel qui traite les troubles du langage). Le neuropsychologue joue également un rôle fondamental dans ce processus, en aidant le logopédiste à faire son travail et en travaillant sur le reste des zones cognitives qui peuvent aider à la récupération de la capacité linguistique (mémoire, attention et fonction exécutives). Le degré et le taux de récupération varient selon les différentes facettes du langage : il semblerait que la compréhension et la répétition se récupèrent plus facilement que la dénomination et la fluidité. En fonction des déficits linguistiques de la personne, on élabore un plan d’intervention spécifique, qui contiendra des tâches telles que :

  • Stimulation neuropsychologique basique (mémoire, attention, fonctions exécutives, raisonnement, calculs, etc.).
  • Activités de dénomination afin d’améliorer l’anomie, grâce à l’utilisation de clés facilitatrices de type phonologique (première lettre du mot par exemple) et sémantique (catégorie à laquelle appartient le mot cherché).
  • Entraînement à la construction de phrases.
  • Augmenter la longueur des expressions. Commencer par un élément et aller en augmentant à deux, puis trois, etc.

Ces tâches sont des exemples du travail qui peuvent être réalisé afin de récupérer les capacités d’une personne qui souffre d’aphasie. Le plus important n’est pas de classifier l’aphasie dans une catégorie, mais de détecter les capacités non-préservées de la personne afin de pouvoir travailler sur ces dernières en s’appuyant sur celle qui sont restées intactes.

“Source : Natalia Pasquín Mora, psychologue sanitaire de CogniFit spécialisée en psychogériatrie et en neuropsychologie.”

L’aphasie de Wernicke : lorsque les mots ne communiquent plus de sens

« Je plie des vivres avant de partir m’allonger ». Voici un exemple de phrase au sens mutilé qui peut naître de l’esprit d’un patient atteint de l’aphasie de Wernicke. Cette dernière est aussi dénommée « aphasie de réception » ou sensorielle. C’est un trouble qui affecte premièrement la compréhension et secondairement l’expression du langage. Tout comme l’aphasie de Broca, elle entraîne d’immenses difficultés à communiquer, à se faire comprendre de l’autre. Cependant, contrairement à cette dernière, l’aphasie de Wernicke est dite « fluente » c’est-à-dire qu’un débit de parole normal et la structure originale du langage sont conservés bien que le sens des phrases prononcées en soit lourdement diminué voire inexistant. Quelle en est la cause ? Quelles en sont les caractéristiques ? Quel avenir s’ouvre aux patients atteints d’aphasie ?

L’aphasie de Wernicke

Les origines organiques de l’Aphasie de Wernicke

Carl Wernicke était un neurologue et psychiatre polonais de la fin du 19ème siècle qui reste encore aujourd’hui une grande figure de la neuropsychologie pour ses travaux sur l’aphasie notamment et en général sur les origines organiques des psychoses. Ensemble, nous prendrons le temps, au cours de cet article, d’expliquer en détail ce qu’est l’aphasie de Wernicke aussi nommée « aphasie de réception » ou « aphasie sensorielle ».

Comme je l’ai précédemment écrit, l’aphasie de Wernicke est un trouble qui affecte principalement la compréhension du langage par le sujet. Cet état pathologique est déterminé par une lésion cérébrale irréversible et plus ou moins profonde de l’Aire de Wernicke. Cette région du cerveau est située précisément au niveau du Gyrus supra marginalis qui lui-même se trouve dans le lobe pariétal au niveau des deux premières circonvolutions temporales (bref, jetez un œil au schéma plus bas, vous y verrez plus clair). Cette lésion peut advenir à la suite d’un AVC, d’un traumatisme crânien ou d’une maladie neurodégénérative provoquant la mort des neurones circonscrits au sein de cette aire cérébrale dite « de Wernicke ».

Les fonctions de l’Aire de Wernicke : la compréhension du langage.

Les neuropsychologues affectent à cette région les fonctions spécifiques au traitement du langage après perception par les aires de l’audition, de la vision ou/et du toucher dans le cas des aveugles qui lisent le Braille notamment. Par « traitement des données du langage », on veut dire que cette aire est chargée d’éclairer le sens des mots reçus de l’extérieur, que ce soit à l’écrit ou à l’oral. De plus, cette partie du cerveau constitue un péage nécessaire qui s’insère dans les mécaniques bien rodées de tout être social doué du langage. En effet, une fois le cerveau lésé au niveau de l’aire de Wernicke, la qualité des conversations, du contact quotidien avec les autres s’en retrouve lourdement affectée. Plus communément, il serait juste de dire que les aptitudes d’un aphasique de Wernicke à dialoguer, échanger, à apprendre ou même à faire de l’humour sont gravement amoindries. Libre à chacun d’imaginer l’abrupte bouleversement que peut représenter la perte soudaine de la compréhension des phrases complexes formulées par les autres et l’état d’isolement ou plutôt d’exclusion conséquent à cette impuissance. L’aire de Wernicke représente donc une sorte de passage incontournable vers le tissage de relations interpersonnelles fructueuses.  En effet, une fois la compréhension de l’autre entamée, il devient très difficile d’être soi aux yeux des autres. Ainsi, cette pathologie neurologique décrite par Wernicke ampute une partie de la nature humaine telle qu’Aristote la conceptualisait retirant une grande partie du « social » à « l’animal ».

Le parcours imaginaire d’un patient atteint de l’aphasie de Wernicke

Il faut aussi mettre le doigt sur les changements intimes qu’impose cette pathologie qui vous enlève le plaisir de vivre en communauté. Pour que chacun puisse le réaliser, je vous propose une expérience de pensée qui mettra à l’épreuve votre empathie et votre imagination.

Imaginez donc que vous revenez d’un séjour d’observation à l’hôpital à la suite d’un AVC. Alors que vous vous entretenez avec un(e) ami(e) concerné(e) par votre situation, il commence à naître en vous l’impression qu’il existe des différences singulières entre les mots que vous aviez l’intention de prononcer et ceux que vous exprimez vraiment. Les mots produits sont si proches phonétiquement et/ou sémantiquement qu’ils sont presque émis à votre insu.  De fait, votre ami arrive à vous comprendre malgré tout et vous trouve d’ailleurs plus drôle qu’à l’habitude, preuve de votre rétablissement selon lui. Et puis vous n’avez pas tellement conscience des défauts de sens qui parcourent vos phrases car vous ne vous corrigez pas, vous avez l’impression que tout fonctionne habituellement à l’exception de deux faits bien étranges, si saillants qu’ils ne peuvent vous échapper :

Premièrement, votre entourage ne vous comprend plus très bien, se met à vous faire répéter avec un regard de plus en plus inquiet et deuxièmement, vous trouvez que les autres sont simultanément devenus moins clairs, moins compréhensibles. Cependant, vous n’osez pas les reprendre et lentement, vous commencez à vous isoler dans une forme de lieu de nulle part où vous parlez sans cesse, ce qui vous étonne car vous ne vous souvenez pas être de nature très loquace.

Ainsi, à la suite de la répétition de ces événements étranges, un de vos proches choisit de vous emmener à l’hôpital, vous n’en comprenez pas la cause spécifique car vous vous sentez le même mais vous vous doutez que cela doit avoir un rapport avec les événements récents : les conversations de sourds depuis votre retour de l’hôpital notamment. Vous vous sentez un peu perdu mais un médecin de l’hôpital aux airs très sympathiques vous prend en main, il vous emmène pour effectuer quelques examens au cours desquels il vous demande de répéter des phrases qui vous semblent bien trop longues à mesure que l’exercice avance, vous invite à parler d’un de vos souvenirs, vous questionne sur le nom d’objets simples qu’il vous donne à voir, vous ordonne de toucher votre oreille droite avec votre main gauche pour enfin vous dire, avec honnêteté, qu’il y a plusieurs choses qui fonctionnent plutôt bien et d’autres qui présentent des dysfonctionnements :

  • Vous parlez à une vitesse normale ou un peu accélérée vis-à-vis de la moyenne.
  • Vous avez des difficultés à répéter des phrases complexes.
  • Vous comprenez les ordres simples et moteurs mais avez des difficultés lorsqu’il s’agit de choses plus complexes.
  • Vous montrez aussi des difficultés à dénommer des objets que vous connaissez bien du premier coup, vous avez tendance à remplacer leurs noms par d’autres qui y ressemblent soit par leurs sens soit par leurs sons. Par exemple, vous avez remplacé le mot « voiture » par « camion » et le mot « marteau » par « bateau ».
  • De même, beaucoup des mots que vous choisissez ne sont pas adéquats au contexte et, cependant, vous semblez ne pas y accorder la moindre attention et continuer votre verbiage.

Comme vous êtes déboussolé, vous restez quoi tout en essayant vainement de revenir à vos discours logorrhéiques sans queue ni tête, ceux qui vous rassurent depuis quelques temps. Mais le neuropsychiatre ne se démonte pas et vous propose d’écouter quelques phases de l’enregistrement des différents tests afin de vous mettre les idées au clair. Vous reconnaissez votre voix et devenez tout à coup très attentif. Vous prenez alors conscience de l’étendue des dysfonctionnements qui sont les vôtres, vous avez bien dit « bateau » et pas « marteau » la première fois. Vous sentez la peur vous envahir mais le médecin vous rassure, vous explique très simplement que vous êtes probablement atteint de l’aphasie de Wernicke et que l’on peut vous aider moyennant un travail quotidien de rééducation de vos aptitudes de compréhension, aujourd’hui relativement défaillantes, du langage. Il vous propose alors de fixer un prochain rendez-vous pour faire une IRM (imagerie par résonnance magnétique) afin de confirmer le diagnostic pressenti, vous n’y comprenez presque rien… Qu’allez-vous devenir ?

Résumé des symptômes et caractéristiques principales des aphasiques de Wernicke

En complément de cette histoire quelque peu romancée, je vous propose un petit glossaire exhaustif des symptômes maintenant que vous avez pu entrevoir la réalité psychique d’un patient touché par l’aphasie de Wernicke :

  • Paraphasie sémantique : remplacement du mot juste par un autre mot proche du premier au niveau sémantique.
  • Paraphasie phonémique : remplacement du mot juste par un autre mot proche du premier au niveau phonémique.
  • Persévération : usage d’un mot qui convenait au contexte récent mais pas à l’actuel. C’est une sorte d’interférence d’un propos passé sur le propos présent. Exemple : le sujet a parlé de la cigarette et parle maintenant de la piscine et explique que la piscine pollue ou est pleine de cendres.
  • Anosognosie : un patient qui souffre d’anosognosie n’a pas conscience de sa pathologie/de son problème. C’est le cas du patient atteint de l’aphasie de Wernicke au début mais cela ne dure pas dès lors qu’on lui met face au problème.
  • Fluence : elle est conservée dans le cas de l’aphasie de Wernicke contrairement à l’aphasie de Broca. En effet, Les aphasiques de Wernicke sont en capacité d’écrire et de parler à un rythme quasi-normal en mettant le ton bien que ce dernier ne soit pas toujours conforme à la situation.
  • Néologismes : usage de mots inventés.
  • Prosodie : qualifie la mélodie qui se superpose à une langue. Sans elle, nous parlerions comme des robots, de manière télégraphique. Ce n’est pas le cas des patients dont nous explorons les symptômes dans cet article.
  • Manque du mot dans les situations de dénomination : il caractérise l’incapacité à dénommer un objet simple par le mot juste comme un stylo par exemple. Les patients touchés par l’aphasie de Wernicke ne s’améliorent pas dans ce domaine.
  • Alexie verbale : incapacité à comprendre le langage écrit.
  • Surdité verbale : Incapacité à comprendre le langage oral.
  • Agrammatisme : caractérise l’inaptitude à utiliser correctement les mots de liaison. Les aphasiques de Broca en sont atteints, pas les aphasiques de Wernicke, qui, malgré l’absence de véritables défaillances formelles du langage, sont souvent incompris du fait des paraphasies, néologismes et persévérations qui jonchent leur discours. De plus, le fait qu’ils répondent souvent trop librement aux stimuli verbaux extérieurs n’aide pas à la compréhension de leur discours.

Au-delà de ces graves symptômes, il faut que vous gardiez en tête que l’aphasie de Wernicke n’est pas censée porter atteinte à la conscience et aux sentiments : avoir faim, être triste, être joyeux, avoir honte ou le fait de se sentir simplement sont des choses qui restent dans leurs cordes. En effet, ces sentiments, généraux, primaires ou sociaux, restent conscients. L’on peut penser sans pour autant pouvoir le verbaliser correctement, même à soi. Le moi et les souvenirs qui le définissent sont toujours intègres. Ainsi, Beaucoup d’Aphasiques doivent penser avec les mots erronés tout en les traitant comme les mots justes c’est-à-dire qu’ils ne perçoivent pas de défaillances car ils associent le sens adéquat à des mots-étiquettes qui sont, en apparence, inadéquats. Ce serait par conséquent l’étiquetage du sens qui serait défaillant et pas le sens en tant que tel.

Le Devenir du patient : non à la guérison, oui à la rééducation

Comme je l’ai noté plus haut, il n’est pas encore possible de guérir l’aphasie de Wernicke. Néanmoins, il est proposé aux aphasiques de participer à des programmes de rééducation intensifs visant à leur rendre un minimum d’autonomie sociale. En effet, à partir des mots simples dont ils conservent la compréhension, il est toujours possible d’apporter une aide aux aphasiques de Wernicke en leur apprenant, au contact de neuropsychologues et d’orthophonistes, à comprendre l’autre à partir du mot mais aussi au-delà du verbe. En effet, le social ne s’envisage pas qu’en termes de langage. L’empathie reste à ce jour l’outil le plus perfectionné de compréhension d’autrui. Je crois finalement qu’elle constitue la clé de remise en phase avec le monde environnant de ces handicapés du langage.

N’hésitez pas à nous laisser des commentaires, nous serons ravis de vous répondre.

Rien qu’un peu d’information et déjà tant de questions

Troubles du langage : que sont-ils, quels types existent-ils et comment peut-on les diagnostiquer et les traiter ?

Que sont les troubles du langage ? Définition : les troubles du langage ou de la parole se réfèrent aux problèmes de communication ou d’autres fonctions liées à celle-ci comme les fonctions motrices orales par exemple. Ces troubles ont une symptomatologie variable, qui va de l’incapacité de compréhension au bégaiement, et peuvent être présents dès la naissance ou se manifester plus tard jusqu’à l’âge adulte.

Causes des troubles du langage

Les causes des troubles du langage sont nombreuses et variées. On peut différencier ces causes en fonction du déclencheur du trouble. Les causes organiques se réfèrent à une lésion d’un des organes qui joue un rôle dans le fonctionnement du langage parmi lesquels se trouvent :

  • Causes héréditaires : lorsque les troubles du langage sont hérités des parents
  • Causes congénitales : lorsque les troubles du langage son dus à l’utilisation de produits pharmaceutiques ou à des complications pendant la grossesse
  • Causes périnatale : Les troubles du langage sont dus à un problème pendant l’accouchement
  • Causes postnatales : Les troubles du langage se produisent après la naissance, par exemple les troubles du langage occasionnés par un accouchement prématuré

En plus des causes organiques il y a aussi les causes fonctionnelles, qui sont dus à un fonctionnement pathologique d’un ou de plusieurs des organes qui interviennent dans le langage. Les causes endocriniennes affectent principalement le développement psychomoteur de l’enfant. Les causes environnementales sont également un facteur qui peut influencer sur le langage, car l’entourage peut affecter les capacités linguistique de l’individu. Et enfin, les causes psychosomatiques jouent également un rôle important dans l’apparition de troubles du langage, car nos pensées ont un grand pouvoir sur nous et peuvent provoquer une expression anormale. De la même façon, les troubles du langage peuvent finir par affecter nos pensées. Ces deux causes peuvent affecter la capacité d’expression orale et de compréhension.

Symptômes des troubles du langage

Il existe différents symptômes des troubles du langage en fonction du type de trouble et du champs linguistique affecté. Voici une petite liste des troubles généraux du langage dans laquelle nous trouvons les symptômes suivants :

  • Symptômes d’un trouble du développement expressif : ces symptômes inclues un vocabulaire extrêmement limité, des difficultés de mémorisation des mots ou dans la production de longues phrases.
  • Symptômes d’un trouble mixte du langage expressif-réceptif : il s’agit de tous les symptômes liés avec l’expression vue au-dessus, en y ajoutant des problèmes associés à la réception, comme les difficultés de compréhension des mots ou des phrases.
  • Symptômes d’un trouble phonologique : face à un trouble phonologique, nous remarquerons une incapacité d’utiliser certains sons du langage, des erreurs dans la production ou dans l’utilisation de sons.

Il existe également le trouble du bégaiement, qui est certainement le plus connu, et qui se manifeste par une altération de la fluidité et de l’organisation des mots prononcés.

Malgré que comme nous l’avons vu, le langage est processus complexe et que ses troubles sont très variés, nous pouvons identifier certains signes qui indiquent un possible développement d’un trouble du langage. Par rapport aux troubles du langage chez les enfants, nous pouvons distinguer les signes suivants :

  • Pour ce qui est du langage expressif : nous pouvons nous rendre compte qu’il existe un problème si l’enfant utilise un vocabulaire plus limité que les autres enfants de son âge, qu’il lui est difficile d’apprendre des mots nouveaux, qu’il confond des temps verbaux, qu’il parle plus souvent en termes généraux (ça, chose, etc…) au lieu d’en utiliser des plus précis, qu’il parle très peu, qu’il dise parfois des phrases qui n’ont pas de sens malgré une bonne prononciation des mots, qu’il utilise une structure de phrase limitée ou qu’il répète souvent les mêmes phrases quand il parle.
  • Pour ce qui est du langage réceptif : certains signes qui mettent en évidence le possible développement d’un trouble du langage peuvent être que l’enfant semble souvent désintéressé quand quelqu’un lui parle, qu’il ait de la peine à suivre certaines instructions ou qu’il n’arrive pas à comprendre ce qu’on lui dit, ce qu’on lui demande ou ce qui est écrit.

Troubles du langage : classification et types

En essayant de faire une classification générale des types de troubles du langage qui existent, nous pouvons distinguer les suivants :

1- Dysarthrie :

Il s’agit d’une affection qui rend l’acte de parler difficile à cause de problèmes aux muscles que l’on utilise pour parler.

2- Dyslalie :

La dyslalie est un type de trouble du langage qui consiste en une altération, une omission ou une substitution de certains phonèmes par d’autres d’une manière incorrecte.

Les dyslalies peuvent être de différents types :

  • Dyslalies physiologiques : elles sont dus au fait que les organes de l’enfant ne sont pas suffisamment matures pour articuler certains mots. C’est quelque chose de totalement normal et dont il n’est pas nécessaire de se préoccuper si cela ne se prolonge pas dans le temps.
  • Dyslalies auditives : comme l’indique sa racine, cette affection du langage est due à un problème d’audition de l’enfant qui l’empêche de reconnaître et d’imiter correctement les sons et les mots pour pouvoir s’exprimer avec normalité. Il est logique de penser que “si nous entendons mal, nous parlerons mal”.
  • Dyslalies fonctionnelles : ce type de dyslalie peut être la suite d’une dyslalie physiologique prolongée qui dure jusqu’à ce que les organes soient déjà matures et plus longtemps. Il s’agit d’un défaut d’articulation:
  • Dyslalies organiques : ce type de dyslalies, également appelées dysglossies, sont associées aux défauts des organes qui interviennent dans le langage.

3- Dysglossies :

La dysglossie est un type de trouble du langage qui peut être séparer en plusieurs catégories

  • Dysglossies labiales : elles sont dues à une altération de la forme ou de la force des lèvres. Les plus connus sont les fentes labiales ou frenulums.
  • Dysglossies mandibulaires elles sont dues à une altération de la forme des mâchoires, que ce soit uniquement une ou les deux mâchoires.
  • Dysglossies dentales : ce type de trouble du langage est dû à une altération de la forme ou de la position des dents.
  • Dysglossies linguales : elles sont causées par une altération de la langue. La langue est un organe qui nécessite une synchronisation parfaite pendant que l’on parle. Certains de des troubles qui peuvent provoquer ce type de dysglossie sont l’ankyloglossia, la macroglossie ou encore une paralysie unilatérale ou bilatérale.
  • Dyglossies nasales : ce type de trouble du langage peut être causé par une altération qui empêche l’aire de passer correctement jusqu’au poumons.
  • Dysglossies palatines : elles sont dues à une altération du palais.

4- Dysphémies

Les dysphémies se définissent comme des altérations du langage qui sont caractérisées par de spasmes à répétition dus à une mauvaise coordination de l’idéomotricité cérébrale. Un exemple de dysphémie est le bégaiement, que nous avons déjà mentionné.

5- Aphasies

Ce type de trouble du langage ne se développe pas forcément pendant l’enfance, et est due à une lésion cérébrale dans une région du cerveau associée au langage.

  • Aphasie de Broca : L’aphasie de Broca est occasionnée par une lésion dans la circonvolution frontale inférieure, nommée l’aire de Broca. Parmi ses caractéristiques se trouve une grande difficulté pour articuler et une manière de parler télégraphique (avec des phrases très courtes). Ce qui est le plus affecté avec ce type d’aphasie est l’expression (on l’appelle également aphasie expressive), par contre la compréhension n’est pas toujours affectée, et si c’est le cas moins gravement que l’expression.

    Aphasie de Wernicke : L’aphasie de Wernicke est un type de trouble du langage qui est dû à une lésion dans la région du lobe temporal gauche, lié au cortex auditif. Ce trouble est également connu comme l’aphasie réceptive et se caractérise par une locution plutôt fluide mais sans aucun sens ou presque, ce que l’on nomme un parler paragrammaticale. Ceux qui souffrent de ce trouble ont des problèmes de compréhension.

  • Aphasie de conduction : ce trouble est dû à une lésion dans le fascicule arqué et/ou dans les autres connections entre les lobes prétemporel et frontal. Ce trouble est caractérisé par une locution fluide et spontanée, une bonne compréhension, des problèmes de répétition et de paraphrases littérales. L’aphasie de conduction inclut parfois des problèmes de lecture et d’écriture, ou des problèmes de dénomination, entre autres.
  • Aphasie transcorticale sensorielle : ce type de trouble du langage est dû à une lésion dans les connections entre les lobes pariétal et temporal, et produit des troubles de la compréhension de certains même si la capacité de répétition reste relativement intacte.
  • Aphasie transcorticale moteur : ce trouble du langage est dû à une lésion soucorticale dans la zone située juste en dessous du cortex moteur et occasionne des troubles du langage spontané, bien qu’il n’affecte pas la capacité de dénomination.
  • Aphasie anomique : elle est due à des lésions dans différentes zones des lobes temporal et pariétal et entraîne des troubles du langage comme l’élocution de mots isolés.
  • Aphasie globale : ce trouble du langage est dû à de multiples lésions cérébrales dans différentes parties du cortex d’association et affecte toutes les fonctions importantes du langage.

6- Dyslexie

La dyslexie, qui est un type de trouble du langage, entre dans la catégorie précédente mais du fait qu’elle est beaucoup plus connue que les autres nous lui dédions un petit paragraphe. La dyslexie se caractérise par un trouble de l’apprentissage de la lecture et de l’écriture, qui est causé par un problème dans le neurodéveloppement de l’individu. Actuellement, il existe des outils professionnels qui permettent de réaliser une évaluation neuropsychologique de la dyslexie, afin de traiter la dyslexie à l’école, ainsi que des jeux de stimulation cognitive pour enfants dyslexiques.

7- TDAH ou Trouble de Déficit d’Attention avec Hyperactivité

Le TDAH est un type de trouble du langage qui est présent chez les personnes qui ont des problèmes dans deux domaines : l’apprentissage et la communication. Selon une étude sur le sujet, les enfants qui souffrent de TDAH présentent des difficultés d’organisation phonologique et syntaxique. De plus, ceux-ci présentent des problèmes dans la sémantique et ont une mémoire auditive assez pauvre. Actuellement, il existe des outils professionnels qui permettent de réaliser une évaluation neuropsychologique du TDAH, des outils d’apprentissage à l’école ainsi que des jeux de stimulations cognitive pour les enfants qui souffrent de TDAH.

8- Dyscalculie

Pour finir, et malgré le fait qu’il ne s’agisse pas d’un trouble du langage, la dyscalculie affecte la compréhension d’un autre type de langage, les mathématiques. Ce trouble affecte la capacité de travailler avec les numéros et de comprendre les concepts mathématiques. Les personnes qui souffrent de ce trouble n’arrive pas à comprendre la logique des processus mathématiques.

Actuellement, il existe des outils professionnels qui permettent de réaliser une évaluation neuropsychologique de la dyscalculie, ainsi que des jeux de stimulation cognitive pour les enfants qui souffrent de dyscalculie.

Comment se diagnostique les troubles du langage

Pour réaliser un diagnostic d’un trouble du langage, il faut suivre une certaine démarche et réaliser certains tests. En nous concentrant sur les troubles du langage chez les enfants, afin d’essayer d’identifier un problème qui pourrait se transformer en un trouble du langage, il faut suivre une série de stratégies.

Si vous souhaitez réaliser un diagnostic, la première chose à faire est de demander des informations aux parents et à l’école. Ce sont les deux principales sources qui nous permettent de connaître le comportement de l’enfant et l’envergure des problèmes qu’il rencontre. Ensuite, il est utile de parler directement avec l’enfant et de l’enregistrer. Enfin, il faut faire remplir un questionnaire aux parents et aux éducateurs ainsi que réaliser des tests neuropsychologiques et des tests spécifiques afin d’arriver à un diagnostic concret.

Troubles du langage, comment aider à la maison ?

Comme nous l’avons vu, les troubles du langage n’ont pas une symptomatologie déterminée et se présentent sous différentes formes et avec différentes sévérités, créant différents problèmes aux personnes qui en souffrent. Voici quelques conseils généraux qui peuvent vous aider si l’un de vos enfants souffre d’un trouble du langage.

Dans un premier temps, du fait que l’enfant souffre de problème de communication, ce que vous pouvez faire est de communiquer un maximum avec lui. Écoutez de la musique ensemble, chanter et écoutez le parler patiemment, sans terminer ses phrases pour lui, en lui laissant le temps d’arriver au bout de ce qu’il souhaite dire.

Une autre activité qui aide dans ces cas-là est la lecture, et si elle est pratiquée de manière interactive, c’est encore mieux. Discutez de vos lectures, parlez des dessins, inventer des fins imaginatives, sont des exercices bénéfiques pour le langage.

Enfin, essayez de comprendre le problème de votre enfant vous permettra de mieux l’aider. Allez voir un professionnel est toujours une bonne idée et peut apporter des solutions aux problèmes de l’enfant, une fois qu’ils ont été identifiés.

Pour des problèmes plus spécifiques, vous pouvez agir de manière particulière, en attaquant le problème à la racine. Les problèmes comme la dyslexie, la dyscalculie, les TDAH ou un trouble spécifique du langage ont des solutions plus spécifiques qui peuvent être trouvées dans les liens associés.

Troubles du langage, comment aider à l’école ?

Pour que tous les élèves puissent apprendre correctement dans leur centre éducatif, il est nécessaire d’établir et de promouvoir des programmes de détection de difficultés du langage qui permettent une intervention précoce si nécessaire. Il existe des plateformes de neuroéducation qui s’avèrent très utiles.

Le rôle du professeur est vital pour le bon développement de l’enfant, car celui-ci exerce une fonction de médiation dans ses processus d’apprentissage et contribue à la normalisation de l’individu dans la vie scolaire.

Grâce à un bon programme éducatif on peut obtenir un apprentissage complet

En général, certaines considérations que l’on peut trouver dans “le guide pour l’attention éducative de l’élève avec un trouble du langage oral et écrit” sont :

• Le centre éducatif doit garantir des conditions qui favorisent la stimulation linguistique et les interactions sociales.
• La réponse éducative doit venir de l’équipe éducative qui s’occupe de l’enfant.
• Les équipes d’orientation et les départements d’orientation doivent soutenir cette fonction, mais jamais la remplacer.
• Des programmes de langage oral doivent être développés, ainsi que de la prévention et de la stimulation.
• L’organisation du centre éducatif doit garantir la coordination entre les cours de soutien, de l’audition et du langage avec le reste des équipes éducatives, afin que tous travaillent suivant la même ligne de conduite et avec les mêmes objectifs.

Merci beaucoup de nous avoir lu. N’hésitez pas à laisser vos commentaires et vos questions plus bas 🙂

“Source : Mario De Vicente, rédacteur de CogniFit spécialisé en psychologie sociale et en neuropsychologie.”